Par Dr Jessica Bussa. Entrepreneure | Stratège | Architecte de transformation économique.
Au fil des années, à travers les activités de la Fondation, j’ai rencontré des milliers de personnes : des femmes, des jeunes et des enfants. Des milliers de regards, d’histoires et de destins croisés.
Pourtant, parmi tous ces visages, il en est trois qui sont restés profondément gravés dans ma mémoire.
1. Le premier est celui de cette petite fille, photographiée lors d’un repas de Noël organisé avec des enfants.
Le 24 décembre 2021, comme à l’accoutumée, nous avions organisé un repas de Noël avec les enfants de l’orphelinat Mama Mobokoli, dans le quartier Mikondo, dans la commune de Kimbanseke.
Ce jour-là, nous n’avions rien accompli d’extraordinaire. Nous leur avions simplement offert un repas, un moment de partage et un peu de chaleur.
Mais son visage s’est illuminé d’une manière que je n’oublierai jamais.
Dans son sourire, il y avait un bonheur immense et une gratitude si pure qu’ils m’ont profondément bouleversée. Depuis ce jour, lorsque je doute de la portée de ce que nous faisons, je me souviens de ce sourire.
Il me rappelle que l’impact ne dépend pas toujours de la grandeur de ce que nous offrons. Ce qui nous paraît ordinaire peut représenter énormément dans la vie de celui qui le reçoit.
2. Le deuxième visage est celui de cette jeune fille ses cahiers sur la tête.
C’était en septembre 2023, lors de la distribution de kits scolaires organisée dans notre cellule de Badara, située dans le quartier Badara, commune de la N’Sele, dans le cadre de la deuxième édition du programme « École pour tous ». Un programme visant à favoriser l’accès à l’éducation et le maintien à l’école des enfants en situation de vulnérabilité, grâce à la distribution de kits scolaires adaptés à leurs besoins.
Elle ne faisait même pas partie des enfants inscrits pour recevoir un kit scolaire. Avant le début de l’activité, nous avions fermé les portes afin d’éviter le désordre. Lorsque je suis arrivée, elle se tenait dehors, les bras croisés, observant silencieusement ce qui se passait à l’intérieur.
Elle était seule. Aucun parent ne semblait l’accompagner.
J’ai demandé qu’on la laisse entrer avec moi.
Plus tard, un membre de mon équipe lui a demandé son nom, son âge et si elle avait besoin d’un kit scolaire. Elle a répondu oui.
Lorsque les portes se sont ouvertes, elle fut, je crois, l’une des premières à sortir, ses cahiers posés sur la tête.
Son visage exprimait bien plus que la joie d’avoir reçu quelques fournitures. Il portait le bonheur de celle qui venait enfin de tenir entre ses mains la clé de ce qu’elle désirait tant : la possibilité d’apprendre et, peut-être, de rêver un peu plus loin.
Cette petite fille me rappelle le courage d’oser aller vers ce que nous désirons réellement.
Elle ne savait pas si elle serait autorisée à entrer. Elle ne savait pas si un kit lui serait destiné. Pourtant, elle ne s’était pas éloignée. Elle était restée suffisamment près de cette porte pour être vue et, lorsqu’une possibilité s’est présentée, elle a su dire oui.
Pendant ce temps, d’autres enfants étaient restés plus loin, à l’extérieur, se contentant d’observer, peut-être parce qu’ils ne croyaient pas qu’il leur était possible d’entrer.
Il en va parfois ainsi dans la vie. Nous observons de loin ce que nous désirons, parce que nous avons déjà décidé que cela n’était pas possible pour nous.
Pourtant, le courage ne consiste pas toujours à forcer une porte. Parfois, il consiste simplement à s’en approcher, à manifester son désir et à savoir saisir l’occasion lorsqu’elle se présente.
3. Le troisième visage est celui de cette femme, lors de la remise des brevets du programme Campus de l'Espoir, en 2023.
C’était en décembre 2023, à l’occasion de la remise des brevets aux bénéficiaires de la deuxième édition du programme « Campus de l’Espoir », organisée dans la cellule de Ngampani, quartier Ngampani, commune de Kimbanseke.
Le programme « Campus de l’Espoir » vise à renforcer l’autonomie économique des jeunes et des femmes, notamment des filles-mères, en leur offrant des formations qualifiantes dans des métiers pratiques, suivies d’un accompagnement et d’une dotation en équipements. Il favorise ainsi leur insertion socioprofessionnelle et leur permet de développer des activités génératrices de revenus.
Lorsqu’elle est montée sur le podium pour recevoir son brevet, elle semblait ne pas parvenir à croire qu’elle y était arrivée.
Son émotion racontait la fierté d’avoir enfin accompli quelque chose par elle-même et pour elle-même. Elle tenait entre ses mains bien plus qu’un simple document. Ce brevet représentait, pour elle, une clé : celle qui pouvait ouvrir la porte d’un avenir meilleur, un avenir dont elle pouvait désormais reprendre le contrôle.
Ce qui me touche dans cette image, ce n’est pas seulement le brevet qui lui est remis. C’est la dignité retrouvée, l’estime de soi qui renaît et la fierté de pouvoir se dire : « J’en ai été capable. »
Parce qu’aider véritablement une personne, ce n’est pas seulement faire quelque chose à sa place. C’est aussi lui donner les outils, l’occasion et la confiance nécessaires pour découvrir qu’elle peut elle-même transformer sa vie.
Les moyens comptent. L’accompagnement compte. Les possibilités offertes comptent. Mais la transformation devient réelle lorsque la personne y ajoute sa propre volonté, sa détermination et le courage de se lancer.
Peut-être est-ce cela, au fond, avoir un impact positif sur la vie des autres :
Faire naître un bonheur pur dans le cœur de quelqu’un.
L’aider à trouver le courage de s’approcher d’une porte qu’il croyait inaccessible.
Et lui permettre de retrouver sa dignité, sa fierté et la conviction qu’il peut devenir acteur de son propre avenir.
Le premier visage me rappelle la puissance d’un geste, même modeste.
Le deuxième me rappelle le courage d’aller vers ce que nous désirons, même lorsque rien ne nous garantit que la porte s’ouvrira.
Le troisième me rappelle la fierté d’accomplir quelque chose par soi-même et de comprendre que sa vie peut encore changer.
Et si, un jour, l’humanité ne se souvient plus du bien que j’ai essayé de faire ; si moi-même je venais à oublier la portée du travail accompli à travers la Fondation, ces trois visages demeureront à jamais le rappel de la trace que notre passage aura laissée sur cette terre.
Le bonheur. Le courage. La dignité.
Trois visages. Trois histoires. Trois raisons de continuer.
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